Les victimes des guerres et des maladies au Congo trouvent réconfort et guérison auprès de l'Église anglicane

July 24, 2011

Des milliers de femmes sauvagement violées par les miliciens qui sévissent en République démocratique du Congo sont marquées par ce stigmate et fréquemment abandonnées par leur famille et leur communauté.

Dans une pension de l'Église située dans le centre de Goma, dans le diocèse de Bukavu, le Rév. Désiré Mukanirwa et sa femme Claudaline offrent aux victimes de violence liée au sexe un refuge qui leur permet de s'attaquer à leur traumatisme et de démarrer une nouvelle vie, l'objectif final étant de réintégrer ces femmes dans la société.

Ayant à supporter le fardeau d'énormes problèmes psychologiques, certaines de ces femmes tombent enceintes ou se retrouvent infectées par le VIH par suite du viol.

« Nous les aidons à panser les plaies du traumatisme » nous dit Désiré Mukanirwa lors du petit déjeuner un matin de juillet dans sa maison de Goma. « Nous ne voulons pas fermer les yeux. Nous devons agir. »

Ordonné prêtre dans la Province de l'Église anglicane du Congo en 1998, l'année même de l'ouverture de la pension, Désiré Mukanirwa nous fait part de l'effroyable histoire d'enfants, certains âgés d'à peine 3 ans, violés au cours de la Deuxième guerre du Congo (de 1998 à 2003).

Lorsque les femmes violées par les miliciens sont abandonnées et trouvent le réconfort dans l'Église épiscopale, nous confie Claudaline, « nous prions avec elles, nous plaisantons avec elles et nous leur parlons avec amour de la façon dont elles peuvent être réintégrées dans la société ». Claudaline dirige une organisation non gouvernementale qui offre un soutien psychologique aux personnes traumatisées, lutte contre l'analphabétisme adulte, forme les femmes à l'acquisition de compétences professionnelles et domestiques, et nourrit et assure la protection d'une population croissante d'orphelins dénutris, rendus orphelins par la violence des rebelles ou la maladie ou abandonnés en tant que victimes de viols.

C'est un ministère que l'on retrouve partout dans les diocèses anglicans du Congo alors que dans le même temps certaines autres églises du deuxième pays le plus grand d'Afrique tournent le dos aux victimes de violence sexuelle.

Une église protestante établie a récemment reçu une formation en matière de droits de la femme de la part de Head Africa qui est un hôpital et un centre de développement communautaire de Goma. L'Anglicane Lyn Lusi, directrice du Centre, a reçu une lettre de l'église remerciant l'organisation pour cette formation mais faisant remarquer que certains leaders adultes étaient fermement opposés à l'enseignement dispensé que les jeunes filles de moins de 18 ans ne devaient pas se marier et que l'église ne devait pas rejeter les victimes de viol.

« N'est-ce pas incroyable ? » nous demande-t-elle. « L'église qui devrait les aider et les réconforter les rejette parce qu'elles ont été violées ».

De même, poursuit Lyn Lusi, certaines églises obligent les veuves, qui sont considérées comme des parias dans bon nombre de communautés congolaises, à faire face au mur durant les offices religieux.

Les récits de Lyn Lusi sont parmi les descriptions les plus troublantes de la situation actuelle des Congolaises que l'Évêque président Katharine Jefferts Schori et la délégation de l'Église épiscopale aient entendues durant leur visite de six jours fin juillet dans les diocèses de Bukavu, Nord Kivu et Boga.

Le groupe a appris que le jour précédant leur visite à Beni, situé à quelque 300 km de Goma dans le diocèse de Nord Kivu, une jeune fille avait été agressée sexuellement et tuée dans le village et que les rebelles avaient kidnappé le directeur d'un hôpital local quelques semaines auparavant.

« Des gens meurent chaque jour. Le gouvernement ne fait rien. Il ne peut nous protéger. C'est terrible » nous dit en français le Rév. Albert Atoko-Ntungo, archidiacre de la province, ce que la Rév. Margaret Rose, directeur adjoint de la mission pour le programme de l'Église épiscopale, nous interprète en anglais.

Margaret Rose et Katharine Jefferts Schori sont accompagnées pour la visite par le Rév. Petero Sabune, responsable des partenariats Afrique de l'Église épiscopale, occasion pour les deux églises d'approfondir leurs relations et de développer de nouveaux partenariats.

« Nous sommes venus ici pour vous écouter et rapporter à notre retour votre histoire afin que nous soyons plus forts ensemble », déclare Petero Sabune à l'Évêque Adolph Isesoma dans son bureau du diocèse de Nord Kivu à Butembo.

« Nous sommes frères et sœurs dans le Christ » ajoute Katharine Jefferts Schori « et nous sommes heureux de faire front ensemble ».

Ancienne colonie belge, la République démocratique du Congo a été aux mains de leaders corrompus et assoiffés de pouvoir depuis son indépendance en 1960. Ce vaste pays, environ de la dimension du continent européen, a dû faire face à plus de trois décennies d'« africanisation » et de grossière corruption sous la présidence de Joseph Mobutu, soutenu par les États-Unis en tant que « tyran ami » pour sa résistance à l'Union soviétique. Des rebelles sous la direction de Laurent Kabila ont renversé Mobutu en 1997.

Après avoir fait initialement naître des espoirs, Kabila a été décrété nouveau président et a changé le nom du pays de Zaïre en République démocratique du Congo. Mais ses alliés sont devenus ses ennemis et le Congo est entré dans une période de guerre brutale qui a duré cinq ans au cours desquels auraient péri environ 5,4 millions d'habitants. Lorsqu'il a été assassiné en 2001, Kabila a été remplacé par son fils Joseph Kabila, qui demeure le président du Congo dans le cadre d'un gouvernement de partage du pouvoir qui comprend d'anciens rebelles.

La guerre a été en grande partie alimentée par une lutte pour le contrôle des vastes ressources minérales du pays. Les rebelles à l'Est, soutenus par les milices Tutsi et les pays voisins l'Ouganda et le Rwanda, se sont battus contre le gouvernement de Kinshasa soutenu par les milices Hutu ainsi que par l'Angola, la Namibie et le Zimbabwe. En octobre 2004, le groupe des droits de l'homme Amnesty International a annoncé que 40 000 cas de viols avaient été signalés sur les six années précédentes.

Alors que le Congo, qui est l'hôte du plus gros contingent de maintien de la paix des Nations Unies, tente de se relever de ce que l’on été appelé le conflit le plus sanglant depuis la Deuxième guerre mondiale, l'activité des rebelles agite encore l'Est du pays et est synonyme de violence liée au sexe, notamment dans les villages ruraux. Certains rapports font état de soldats rebelles qui violent les femmes tout en forçant leur mari à regarder puis qui tuent les membres de la famille et se livrent à des actes de cannibalisme.

À Butembo, ville de 800 000 habitants à environ 275 km au nord de Goma, des femmes maltraitées ont fait part de leurs expériences douloureuses aux visiteurs d'un établissement confessionnel.

Matilda nous explique comment sept mois auparavant, deux soldats armés étaient entrés par effraction dans sa maison, avaient exigé de l'argent, l'avait prise de force et l'avait violée en présence de son mari. Son mari a accepté le fait que ce n'était pas de sa faute et ils continuent à vivre ensemble dans leur maison. D'autres femmes se trouvant au centre ont eu moins de chance, jetées hors de chez elles et contraintes de chercher refuge auprès d'autres membres de la famille ou de quiconque disposé à les héberger.

Une autre jeune fille en a été si traumatisée qu'elle est devenue muette après que trois soldats l'aient violée dans un champ. Le Vén. Valihali Ndungo nous fait part de son histoire, en nous expliquant qu'elle avait été violée deux fois encore par des membres de sa communauté, que les deux fois elle était tombée enceinte, un des deux bébés étant décédé lors de l'accouchement.

Adolph Isesoma, l’Évêque de Nord Kivu, dans l'espoir de briser le cycle de violence et conscient que la cause profonde tient principalement aux hommes de guerre, a commencé à évangéliser les soldats du gouvernement qui, tout comme les rebelles, commettent ce genre d'atrocités. « Lorsque j'ai vu ce que faisaient les soldats, j'ai pensé qu'ils ne devaient pas savoir grand chose de Dieu » nous confie-t-il, « je me suis donc rendu dans les camps [militaires] du gouvernement et ai prêché devant 16 000 soldats ».

Grâce aux multiples facettes de sa vision qui consiste à guérir et à renforcer son diocèse, Adolph Isesoma espère former des aumôniers qui puissent apporter un soutien pastoral aux soldats dans toute la province de Nord Kivu.

Petero Sabune, qui est né en Ouganda, a servi pendant sept ans d'aumônier au Centre de détention de Sing Sing, prison de haute sécurité de l'État de New York, et y a travaillé avec des hommes qui avaient maltraité d'autres personnes et qui souvent avaient été maltraités eux-mêmes. « La violence sexuelle n'est pas un problème de femmes, c'est un problème d'hommes » déclare Petero Sabune à ENS. « Nous espérons montrer aux hommes que la violence n'est pas quelque chose de normal ».

Les récits reviennent toujours sur l'engagement de l'Église congolaise au service des vulnérables, des nécessiteux et des traumatisés dans ce pays d'Afrique centrale de quelque 72 millions d'habitants.

« Le rôle de l'église est de mettre en pratique l'amour du prochain au milieu de cette violence » ajoute Albert Atoko-Ntungo. « La violence commence à un très jeune âge car les enfants la voient partout. Ils voient les viols et les gens tués comme quelque chose de normal. Lorsque les femmes sont rejetées par leur famille, nous les accueillons et les réintégrons dans la société. »

Le diocèse de Nord Kivu gère un campus qui comprend les bureaux diocésains, des écoles primaire et secondaire au service de quelque 1 600 élèves, un dispensaire, un dentiste, une porcherie, un jardin communautaire, une résidence et une briqueterie, tous au service l'un de l'autre et reliés entre eux. Les briques permettent de construire l'école, les infirmières soignent et éduquent les élèves, la résidence procure un logement aux infirmières et le fumier de la porcherie sert d'engrais pour le jardin.

La santé est une préoccupation majeure au Congo, où des maladies évitables comme le paludisme et la rougeole causent des milliers de décès inutiles chaque année, tout particulièrement parmi les enfants.

Les infections par le VIH/SIDA sont en augmentation, en partie du fait de la violence sexuelle, déclare Albert Kadukima, coordonnateur des programmes de santé de la province anglicane.

Les dispensaires confessionnels éduquent sur la manière d'éviter l'infection par le VIH et d'autres maladies, et travaillent en collaboration avec les écoles pour lutter contre le VIH parmi les jeunes. Les grossesses chez les adolescentes diminuent grâce au programme STAYS (Straight Talk Among the Youth in Schools), nous dit Albert Kadukima. L'Église anglicane gère environ 120 écoles dans toute la province.

Le ministère de la santé de la province, ajoute Albert Kadukima, « doit faire face à de nombreux défis mais accomplit de bonnes choses car nous travaillons avec des gens vulnérables ».

L'Union des mères joue un rôle important en s'occupant des femmes traumatisées du fait de violence sexuelle, déclare le Diacre Caroline Mzanga, conseillère au dispensaire et l'une des six femmes (certaines d'entre elles sont prêtres) ordonnées dans l'Église anglicane.

L'Union des femmes pour la paix et la promotion sociale (UFPPS) a été fondée à Katanga en 2003. Elle renforce le travail effectué par l'Union des mères qui est de promouvoir et de faciliter la mobilisation des femmes en tant que messagers de paix et leaders du développement social et économique dans leur communauté.

L'Église épiscopale, par l'intermédiaire de son ancien bureau des ministères des femmes sous la direction de Margaret Rose et d’Episcopal Relief & Development, apporte son soutien aux travaux de guérison médicale et psychologique et de réintégration sociale de l'UFPPS dans les diocèses de Katanga et de Boga. L'UFPPS vise à étendre sa formation et ses services aux femmes dans l'ensemble des autres diocèses anglicans de l'Est et Episcopal Relief & Development appuie l'étude d'impact et d'apprentissage sur ses travaux antérieurs ainsi que l’expansion du programme aux diocèses de Nord Kivu et de Bukavu.

La présence anglicane a été établie au Congo en 1896 par l'évangéliste ougandais Apolo Kivebulaya. À la suite de l'indépendance du pays, l'Église s'est élargie et a formé des diocèses dans le cadre de la province Ouganda, Burundi, Rwanda et Boa-Zaïre. La province a été inaugurée en 1992 et a changé de nom en 1997.

Aujourd'hui, la province comprend environ 500 000 Anglicans sous le leadership de l'Archevêque Henri Isingoma, primat depuis 2009. Suite à un récent vote de la Chambre des Évêques le lui demandant, il va déménager sa résidence et son bureau de Bunia à Kinshasa où il est également évêque dans l'extrême ouest du pays. Il est à espérer que la province anglicane puisse établir des liens plus étroits avec le gouvernement congolais.

La délégation épiscopale a achevé sa visite à Bunia, dans le Diocèse de Boga, où Henri Isingoma était évêque jusqu'en 2009 et où le ministère de l'Église anglicane en faveur des nécessiteux ressort clairement des travaux réalisés par ses programmes en faveur des femmes et des enfants et par les services de l'Union des mères.

Mugisa Isingoma, présidente nationale de l'Union des mères et femme de l'archevêque, remercie Margaret Rose pour son soutien aux travaux en faveur des femmes dans la province. « Je remercie Dieu pour ce ministère. Notre objectif est de faire en sorte que les femmes deviennent les artisans de la paix » nous dit Mugisa. « Nous travaillons ensemble pour la croissance du ministère dans la région ».

« La meilleure manière de détruire une communauté est de détruire les femmes » fait remarquer Margaret Rose. « La meilleure manière de construire une communauté est de renforcer l'autonomie des femmes ».

Lors de l'Eucharistie qui s'est déroulée le 24 juillet à l'Église de tous les saints à Bunia, Katharine Jefferts Schori a fait son sermon en français, partageant ses impressions de l'Église anglicane du Congo, tandis que l'Évêque William Bahemuka de Boga interprétait le sermon en swahili.

« Je peux voir une résilience remarquable, l’espoir, la possibilité de célébrer la présence de Dieu dans le visage de la tragédie de la vie. C'est le royaume des cieux, mes amis, aussi surprenant que [ce soit] » déclare Katharine Jefferts Schori.

« Les graines et les perles du royaume des cieux se trouvent dans les séquelles de la guerre, comme les gens découvrent la force qu'il ne savaient pas auparavant... Ta nation a de l'espoir et il a une grande abondance, en fait le Congo est un véritable jardin d'Éden, rempli de ressources naturelles. Pourtant ces ressources ont souvent servi seulement les riches et les puissants » ajoute-t-elle. "Regardez cette nation. Il est rempli d'une abondance d'espoir et de possibilité. Il a un grand trésor dans la foi de son peuple et les dons de la création de Dieu ».

Margaret Rose dit à ENS que, durant toute la visite, elle a été témoin de « signes incroyables d'espoir au milieu d'une pauvreté catastrophique », notamment dans l'engagement en faveur de l'éducation, domaine mis en évidence par M'hand Ladjouzi, directeur de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO) dans la province Ituri à laquelle la Délégation épiscopale a rendu visite.

Quel que soit le niveau de pauvreté, la première priorité est pour les parents d'envoyer leurs enfants à l'école, nous dit Ladjouzi, même si la famille doit payer l'enseignement avec des œufs.

Après l'Eucharistie, certaines femmes articulent le même message en parlant du programme d'alphabétisation offert par l'Église anglicane. Leur principal objectif, nous disent-elles, est de s'assurer que leurs enfants puissent lire.

Dans une autre initiative qui allie le ministère de l'éducation avec les soins aux orphelins, « Mama Furah » a lancé l'Académie Baraka après avoir étudié le développement communautaire à Nairobi puis être revenue à Bunia où elle a grandi. Elle a décidé que de séparer les orphelins des enfants qui ont des parents n'était pas une bonne idée et a ouvert l'académie initialement pour 25 élèves. L'école compte maintenant près de 1200 élèves dont 600 sont des orphelins qui y sont intégrés et qui étudient avec les autres enfants.

Le Diocèse de Boga abrite également la nouvelle Université anglicane du Congo, ancien collège théologique. L'université a récemment élargi son programme pour y inclure des cours de psychologie, d'économie, de sciences, de génie civil et d'ingénierie, ainsi que d'autres domaines spécialisés visant à apporter des compétences qui font cruellement défaut pour le développement du pays. Environ 250 étudiants devraient être inscrits à l'université à partir d'octobre 2011.

« Je crois que l'Église épiscopale peut apprendre énormément de choses de la province [anglicane] du Congo » déclare Katharine Jefferts Schori lors d'un rassemblement à l'université auquel assistait Henri Isingoma, William Bahemuka, des étudiants et des prêtres du diocèse. « Vous êtes l'exemple rempli d'espoir de ce qui est possible dans une société lorsque la violence prend fin... Je me réjouis à l'avance de la possibilité que nos partenariats grandissent et se développent. »

Henri Isingoma déclare : « Vous êtes venus ici pour nous montrer que les femmes peuvent accomplir des choses formidables ».

Katharine Jefferts Schori décrit le ministère dont elle a été témoin dans toute l'Église anglicane du Congo comme « très, très motivant ».

« Il apporte de l'espoir non seulement au Congo mais au monde entier. Lorsque vous sortez de la guerre, vous devenez des artisans de paix. Que Dieu soit loué. »

-- Matthew Davies est rédacteur et reporter de l'Episcopal News Service.