Élections 2016 : les églises épiscopales et les associations locales aident à informer et inscrire les électeurs

September 6, 2016
Maria Villenas de l’organisme Mi Familia Vota inscrit des résidents sur les listes électorales à La Iglesia Espiscopal de San Pablo à Houston. Photo : Paulette E. Martin

Maria Villenas de l’organisme Mi Familia Vota inscrit des résidents sur les listes électorales à La Iglesia Espiscopal de San Pablo à Houston. Photo : Paulette E. Martin

[Episcopal News Service] L’inscription sur les listes électorales le 14 août à La Iglesia Episcopal San Pablo à Houston a marqué le début d’un partenariat entre le Diocèse épiscopal du Texas et Mi Familia Vota pour inciter les gens à voter.

Une sensibilisation et l’intérêt accru du public, peut-être dus à une période électorale sujette à controverse, ont jeté les bases de l’initiative, selon Paulette E. Martin, spécialiste communications du diocèse.

Les « gens veulent être impliqués. L’ensemble du contexte politique est en ce moment très important pour eux » a-t-elle déclaré récemment à Episcopal News Service.

« Ils veulent participer au processus » ajoute Paulette Martin. « Nous avons pensé que ce serait une bonne façon d’informer les gens et de leur donner les outils nécessaires pour leur permettre de s’inscrire sur les listes électorales et d’encourager leurs familles et amis à changer les choses ».

Dix personnes se sont inscrites sur les listes électorales lors de cet événement. D’autres ont été formées et « déléguées » pour commencer à prospecter les communautés locales et aider un plus grand nombre de résidents à faire entendre leur voix lors des élections générales du 8 novembre, nous dit-elle.

La date limite d’inscription des électeurs approchant (11 octobre), Carlos Duarte, directeur pour l’État du Texas de Mi Familia Vota, dit qu’il espère atteindre d’autres électeurs qui se sentent marginalisés et qui peut-être n’ont pas participé au processus dans les années passées.

« Les communautés de langue espagnole sont toujours déchirées quant à leur participation au processus politique parce qu’elles estiment qu’aucun des partis politiques ne représente leurs intérêts à 100 % » nous explique Carlos Duarte.

«Elles pensent que l’un reflète leur position concernant l’avortement tandis que l’autre est en accord avec elles sur l’immigration, l’acceptation et leur approche de la diversité. Elles sont toujours déchirées entre ces options et parfois cela les mène à la paralysie ».

Ce n’est pas le cas cette année, poursuit-il.

« Cette année, en particulier, la campagne présidentielle est tellement polarisée que cela les incite à vouloir s’impliquer ».

Mi Familia Vota est une organisation nationale à but non lucratif qui a des bureaux en Arizona, au Nevada, en Californie, au Colorado, en Floride et au Texas et qui « cherche à unir la communauté latino-américaine et ses alliés pour la promotion de la justice sociale et économique par le biais d’une participation civique accrue » explique Carlos Duarte.

Selon Carlos Duarte, le partenariat entre Mi Familia Vota et le Diocèse épiscopal du Texas représente en fait la première fois « en cinq ans d’activité qu’une église nous a approché pour établir un partenariat avec elle. Carlos Duarte projette déjà un autre événement pour des inscriptions sur les listes électorales avec le diocèse.

« Nous travaillons beaucoup avec les églises mais généralement il nous faut les convaincre de s’impliquer et c’est toujours très difficile ».

Les églises sont quelque peu frileuses vis-à-vis d’un quelconque engagement politique parce que, en tant qu’organisations à but non lucratif, elles doivent respecter certaines directives concernant les campagnes politiques au risque de perdre leur statut d’organisation à but non lucratif auprès du Service américain des impôts, nous explique Paulette Martin.

Mais la trousse à outils Election Engagement Toolkit du Réseau épiscopal de politique publique (EPPN) « a été pour nous une raison de plus qui nous a fait penser qu’organiser cette initiative serait une bonne idée car nous ne disons pas aux gens comment ils doivent voter, nous leur donnons seulement les outils leur permettant de voter et de s’informer à ce sujet » poursuit-elle.

La trousse à outils d’EPPN, disponible en ligne sous la rubrique de ressources pour la participation politique de l’église intitulée guidelines and resources, se réfère à la position officielle de l’église, à savoir que le « vote est un acte de responsabilité chrétienne ». Le site Web invite également les Épiscopaliens à signer une promesse qu’ils voteront lors des élections générales du 8 novembre.

L’EPPN « invite les congrégations à : entamer un dialogue sur des questions d’ordre public, élaborer des campagnes d’inscription sur les listes électorales et d’information sur la question, et défendre la protection du droit de vote ».

« Il y a beaucoup de bonnes initiatives efficaces que les églises peuvent prendre en matière de processus politique qui ne vont pas à l’encontre de leur statut d’organisation à but non lucratif » convient Julie Anderson, auditeur du Comté Pierce dans l’État de Washington.

Au début de cette année, Julie Anderson a participé à une formation et à une initiative d’inscription sur les listes électorales à l’Église épiscopale Holy Family of Jesus à Tacoma dans l’État de Washington.

Quelque 70 séniors cambodgiens se sont inscrits sur les listes électorales lors de cet événement. Julie Anderson explique à ENS qu’elle a collaboré avec l’Association des femmes coréennes et son Centre de services culturels indochinois, situés sur le campus de l’Église, pour aider à informer les électeurs.

« Par son intermédiaire (l’Association des femmes coréennes), j’ai pu me rendre à pratiquement chacun de leurs sites de repas pour séniors et ai pu procéder à des inscriptions sur les listes électorales ».

Les églises sont particulièrement bien placées pour apporter un soutien à ce type d’efforts car elles « sont des centres communautaires » explique Julie Anderson. « Ce sont des lieux où les gens se rassemblent et un grand nombre d’églises mettent déjà activement à profit leurs ressources et leurs installations pour atteindre les populations marginalisées» poursuit Julie Anderson.

Cet engagement civique peut même inclure l’organisation de forums avec des candidats « dans la mesure où l’équilibre est respecté et que tous les candidats ont la possibilité de participer et (qu’ils ne sont) en aucune façon biaisés ».

D’autres groupes confessionnels nouent également des partenariats d’initiatives électorales. Le 4 août, une fois closes les Conventions nationales républicaine et démocrate, le Réseau national PICO a lancé le programme « Together We Vote », programme multiconfessionnel, multiracial d’éducation des électeurs et d’incitation à voter.

« Nous croyons que chaque personne croyante doit exercer son droit de vote en tant qu’acte de foi visant à aider à co-créer cette communauté bien-aimée que nous désirons tous ici sur terre » déclare l’Évêque Dwayne Royster, directeur politique de PICO, dans un communiqué de presse du réseau.

« Nous allons former 15 000 bénévoles et leaders au sein de nos fédérations et organisations associées qui iront frapper aux portes et téléphoner » pour nous assurer que les gens votent cette année.

L’effort multiconfessionnel au niveau national et des États, inclut des représentants d’églises et d’autres organisations, telles que l’United Church of Christ, le Religious Action Center of Reform Judaism (RAC), l’African Methodist Episcopal Church, Bread for the World, Sojourners et d’autres groupes.

Barbara Weinstein, directeur adjoint du RAC, a également cité dans le communiqué les préoccupations concernant la tentative de marginalisation des électeurs par le biais de la « réduction systématique au silence des voix individuelles et communautaires sous forme de fermeture de bureaux de vote, de restriction du vote anticipé et de lois complexes sur l’identification des électeurs ».

Au moins 10 États représentant collectivement plus de 80 millions de personnes ont tenté de mettre en place des lois restrictives sur le droit de vote allant de « nouveaux obstacles à l’inscription sur les listes électorales à des réductions du vote anticipé en passant par des conditions plus strictes pour l’identification des électeurs » selon le site Web de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU).

Le 15 août, le gouverneur de Caroline du Nord a déclaré qu’il demanderait à la Cour Suprême des États-Unis de rétablir la loi sur l’identification des électeurs et d’autres mesures restrictives adoptées par l’Assemblée de l’État en 2013 et annulées par une cour d’appel fédérale en juillet. Les églises épiscopales de Caroline du Nord s’efforcent, tout comme elles l’ont fait par le passé, de garantir que les électeurs disposent d’informations exactes.

L’Évêque du Missouri Wayne Smith, dans son blog en ligne du 15 août , a souhaité le rejet d’un amendement constitutionnel proposé au niveau de l’État qui pourrait exiger que les électeurs présentent une « pièce d’identité avec photo émise par le gouvernement » afin de pouvoir voter.

« La proposition semble légitime à beaucoup puisque tout le monde a une pièce d’identité avec photo ou du moins c’est ce qu’ils disent » explique Wayne Smith. « En fait, il y a plus de gens sans document d’identité que vous ne pourriez le penser. 64% des résidents des États-Unis n’ont pas de passeport qui est la deuxième pièce la plus commune d’identité acceptable. 18% n’ont pas de permis de conduire, qui est de toutes la pièce d’identité la plus commune. Ce dernier chiffre concerne le secteur de la population le plus vulnérable à la suppression d’électeurs. En tant que groupe, ils sont plus âgés, plus pauvres et ont plus de probabilité de ne pas être des descendants d’Européens ».

Wayne Smith ajoute que, depuis 2005, il y a eu 17 condamnations prononcées en vertu des lois sur le vote au Missouri. « Plus l’électorat est pauvre, plus il est facile de supprimer ses votes ».

Le Révérend Joseph Pae, recteur de l’Église épiscopale All Saints de Great Neck dans l’État de New York, dit qu’il espère pouvoir reprendre la campagne d’inscription sur les listes électorales qu’il avait organisé lors les primaires du 19 avril.

L’association Korean American Civil Empowerment avait sponsorisé la campagne et procédé à l’inscription d’une dizaine d’électeurs pour qui c’était la première fois, ajoute-t-il.

« Dans le passé, la communauté coréenne n’a pas été active en ce qui concerne les inscriptions sur les listes électorales. Nous essayons de mieux sensibiliser les électeurs » confie Joseph Pae à ENS. La réunion a consisté en conversations neutres et en informations sur les élections ainsi qu’en aide pour remplir les formulaires d’inscription sur les listes électorales.

« Certaines personnes était auparavant hésitantes mais elles ont apprécié de pouvoir assister à un forum à l’église » explique-t-il.

En Californie, où près de 650 000 nouveaux électeurs se sont inscrits en six semaines avant la date limite du 23 mai pour les primaires dans l’État, l’église All Saints met à disposition chaque dimanche la possibilité de s’inscrire sur les listes électorales pendant la période des élections.

« Nous invitons la League of Women Voters [Ligue d’électrices] à avoir un stand à la fin de nos offices et à procéder à des inscriptions sur les listes électorales si besoin est » dit Juliana Serrano, directeur paix et justice.

L’Église de Pasadena qui compte 3 000 membres a fait l’objet d’une enquête du Service américain des impôts en 2004 après que son ancien recteur, le Révérend George Regas, a prêché un sermon deux jours avant l’élection de 2004 dans lequel il imaginait Jésus participant à un débat politique avec les candidats à la présidence qui étaient alors George W. Bush et John F. Kerry.

George Regas avait dit à la congrégation que les « honnêtes gens profondément croyants » pouvaient approuver l’un ou l’autre des deux candidats mais il avait critiqué la guerre en Irak et avait dit que Jésus aurait dit à George Bush que sa stratégie de guerre préventive en Irak « avait mené à la catastrophe ».

L’IRS a finalement abandonné son enquête sur l’église.

– Le Révérend Pat McCaughan est un correspondant de l’Episcopal News Service.